Un pouvoir sans substance

Poison couronne

Dès son avènement, dans la Reine étranglée, Maurice Druon décrit Louis X, dit Le Hutin, comme écrasé par la couronne qui lui est remise :

  • Le roi est mort! Vive le roi !
    Et ce cri de cent poitrines, répercuté de travée en travée, d’ogive en ogive, alla rouler longuement dans les hauteurs des voûtes;
    Le prince aux yeux fuyants, aux épaules étroites et à la poitrine creuse qui, en cette minute, devenait le roi de France, éprouva une étrange sensation dans la nuque, comme si des étoiles venaient d’y éclater. L’angoisse le saisit, au point qu’il craignit de tomber en défaillance."

Si le cri vient de cent poitrines, la poitrine du Roi en réponse, se creuse ; face à sa destinée, le Roi semble se rabougrir, s’effacer. Cette scène porte en germe tout le destin du Hutin : porteur de la couronne par continuité filiale, celle-ci a bien été transmise, mais n’apporte pas l’auctoritas (cette autorité qui fait qu’un roi est obéit sans avoir besoin d’exercer de contrainte, et que l’hérédité seule ne transmet pas) à celui qui la porte ; Louis le Hutin est en effet un monarque inconsistant, volontiers colérique.

En effet, chacune de ses décisions semble être discutée par ses proches même, décisions qui semble être plus justifiées par la proximité, voire l’intimité, avec le Roi, bien plus que l’oeuvre d’une réelle justice ou encore de l’intérêt du Royaume. Cette situation crée une sorte de vide du pouvoir, et semble créer une situation propice à la conspiration, voire à l’effronterie.

Ainsi, lorsqu’il doit arbitrer un différend entre Mahaut et Robert d’Artois son indécision envenime le conflit au lieu de le résoudre ; tandis que Robert profite de ce flottement pour laisser ses troupes ravager les territoires d’Artois, tandis que Mahaut, assignée à résidence, envisage le pire des complots pour résoudre l’impasse dans laquelle elle se trouve : l’incapacité du Hutin à réellement habiter sa fonction rejaillit sur la façon dont son entourage le considère et le traite ; ses proches le méprisent autant qu’ils craignaient son père, il devient l’instrument de leur propre ambition.

caricature

«Couronnement de Louis X le Hutin - Jean Fouquet (enlumineur)