
Un crime atroce, une enquête chaotique.
La ville est un article, elle a tant d’histoires à raconter, j’ai tant de chroniques à rédiger. Car la ville est une chronique, un périodique, en noir et blanc, et j’en suis le chroniqueur, le journaliste, en pardessus et chapeau. Un millier d’histoires pour chacun de ses jours, chacune de ses nuits; jamais une seule ville, mais un millier de villes — le paradis pour certains, l’enfer pour d’autres. Et pour chaque histoire il y a deux versions, deux versions au moins, car la ville est toujours, est déjà une fiction, cette ville faite de papier, cette ville faite de caractères imprimés —
L’empoisonnement d’une douzaine d’employés d’une banque, donne le départ à une enquête particulièrement chaotique, polyphonique, confuse, à l’image d’une ville encore en reconstruction et sous occupation.
Si le coupable est vite identifié et condamné, il ne sera cependant jamais exécuté, des doutes et des zones d’ombres subsistent autour de l’affaire, ses avoeux semblent faibles, les preuves semblent assez fragiles, et le poison utilisé trop sophistiqué pour correspondre au profil de l’assassin.
DANS LA VILLE FICTIVE, faisons semblant de croire qu’un homme innocent est coupable, qu’il mérite d’être jugé et condamné à mort, et que la police a mené une enquête véritable et systématique, faisons semblant de croire que le gouvernement et le GQG n’ont pas conspiré pour dévoyer le cours de la justice, que les journaux et leurs reporters n’étaient pas complices dans leurs articles, et que tout ce que nous avons lu est vrai - Dans cette ville faite de papier, cette ville faite de caractères imprimés —
Dans cette Ville Fictive, faisons semblant…
L’enquête, ou les enquêtes semblent plutôt pointer vers le passé proche et criminel de l’armée japonaise ; passé proche et lointain, que l’occupant ne veut pas, lui, voir ressortir. Ainsi, l’enquête est entravée, de même que la quête de vérité sur les agissements de certaines unités de l’armée japonaise en Chine sont étouffés, dans un pacte entre les criminels de guerre - ceux de l’unité 731 - et des occupants américains soucieux de tenir à l’écart un autre ennemi menaçant - la russie communiste ; ils auront l’immunité en échange des résultats de leurs recherches sur les armes biologiques.
L’Unité comprenait huit divisions ; la première était chargée des recherches bactériologiques; la seconde, des recherches sur les armes bactériologiques et des essais sur le terrain ; la troisième division se consacrait à l’épuration de l’eau; la quatrième, à la production en masse et au stockage de bactéries; les quatre divisions restantes géraient les problèmes de formation, de ravitaillement, d’administration et de diagnostic clinique.
L’unité 731 était une unité militaire présente en Chine, qui a procédé à de massives expérimentations cliniques, infectieuses, médicales, sur des cobayes humains - les rondins ; c’est peut-être ce crime plus grand qui se cache derrière l’erreur, ou l’obstruction, judiciaire.
Ma tâche principale consistait à analyser des échantillons de sang, d’urine et de selles, les testant pour y déceler et en quantifier les modifications de l’hémoglobine. Souvent, cela nécessitait des visites au bâtiment de la prison. À chaque fois que j’entrais dans le bâtiment, je devais traverser un bac rempli de désinfectant.
Les échantillons que l’on m’y remettait avaient été prélevés sur des prisonniers, que l’on appelait des « rondins », parce que pour les gens de la région l’Usine de Mort était censée débiter et produire du bois de charpente. Les échantillons étaient nécessaires pour déterminer l’état de santé d’un sujet avant qu’il soit soumis à une expérience ou à un essai. De nouveaux échantillons étaient ensuite prélevés sur les rondins une fois qu’ils avaient été infectés à l’aide de divers virus. C’est de cette façon que l’on comparait les données des tests bactériologiques. Ayant reçu les échantillons sous forme de préparations microscopiques, je rentrais alors en camion à l’aile Sud. Souvent, je devais accomplir ce trajet deux ou trois fois dans la journée. Souvent, également, on m’ordonnait de transporter d’un lieu à l’autre des documents sur les recherches et des organes humains. Telles étaient mes tâches, tel était mon travail.

un portrait-robot d’Hirasawa, publié dans la presse (source : wikipedia).