Le faucheux

Noire Nouvelle Orléans.

Le Faucheux est le le premier opus d’une série de roman noirs qui pose le portrait du protagoniste principal, Lew Griffin, détective dans la plus pure tradition hard boiled.

Structuré autour de 4 nouvelles, qui couvrent 25 ans de la vie du personnage, on y découvre un personnage sombre, dur au mal, tourmenté, qui survit au sein d’une nouvelle Orléans qui dévore les corps et les âmes. Ces 4 récits, qui sont autant de récits de disparitions : comme ses victimes, Lew Griffin semble errer dans la ville et dans sa vie, troublé et blessé par ces vides qui le cernent : si les victimes sur lesquelles il est chargé d’enquêter disparaissent, c’est aussi le cas des personnes qui lui sont proches, il doit lutter contre la possibilité du néant, au risque de sombrer lui-même.

Il lutte, tâche de se noyer dans l’alcool et la violence, et même, le sauvent parfois du naufrage dans un monde en perpétuelle impermanence, à l’image d’une ville constamment lavée par un climat pluvieux et par le crime qu’elle habite. La Nouvelle Orléans est une ville de mythes, d’eau et de sorcellerie, elle ne propose pas vraiment de fondations sur laquelle on peut bâtir un destin, ou seulement dans la tragédie et l’oubli.

Dans sa trajectoire chaotique, il ne trouvera le salut que dans l’acte de noircir des pages, pour se souvenir, pour se fixer et vraisemblablement, pour se sauver, ce roman est celui de la naissance d’un écrivain.

La maison était plus vide que lorsque je l’avais quittée. Je me suis servi un verre et je suis resté assis dans le noir. La nouvelle que mon détective cajun avait annoncée au vieil homme dans le bar, c’était que son fils était mort, sans raison, stupidement mort, et j’ai su que l’écriture, plus que jamais, côtoyait de près mon existence, que la bouteille du vieux et son acceptation silencieuse étaient les miennes, que je ne reverrais plus David. Je ne suis pas un homme très porté sur le mysticisme ou l’indicible, mais cette nuit-là, assis dans l’obscurité comme un chat, environné par l’odeur fruitée du gin et le murmure du vent dehors, j’ai su. Et j’ai eu raison.

Eugène Delacroix\u202f: Choc de cavaliers arabes

La Nouvelle Orléans, sous les eaux de Katrina